J'avais bien entamé mon pèlerinage sur terre : initiation en joli déshabillé blanc sur les coups de mes deux-trois mois. C’est la petite communion qui ouvrit le bal des contrariétés : que dal, pas un bifton. J'ai longtemps imaginé que la Grande, la solennelle, était une session de rattrapage pour les pauvres, ceux qui n'avaient pas eu de montre à la Petite, et je dus attendre un dimanche de mes dix ou douze ans pour récolter l’oignon. C’est donc tout émoustillé, croyant que les choses allaient crescendo, que j'acceptai la Confirmation. Seigneur, ce ne sont que quelques papillotes dont on farcit ce jour là mes galoches. Je fus amer (sans la bière, c'est vous dire), mais ma mère, dans une leçon de catéchisme tendrement improvisée entre la foire et le potage, m'expliqua les données du problème. Je convenais de sa bonne foi. Je poursuivais. Jusqu'à douter grave de l’équipe des pieds troués. Elle était coachée par un certain Jésus – ou Yézousse, selon le méridien sur lequel les ouailles ouaillent en chœur « ouille tiz ouaille » – un certain Jésus, je disais donc, qu'un mercato hasardeux avait expédié sous un faux nom à Rome. Quitte à quitter l'Olympique de Bethléem, franchement, moi j'aurais poussé jusqu'à Milan Assez. Passons (j'veux pas cafter, mais mon p'tit judoigt me disait pas plus tard qu'il y a quarante ans que le coach n’est pas souvent sur les terrains. A l'époque, c'était Paul Six, dit Paulo, le frère de Didier, qui se tapait les descentes dans les vestiaires. Tout ça pendant que le boss se dorait la pilule sur la plage, avec Barabas et Barbabidule, les bras en croix pour faire le malin). Je poursuivais jusqu'au mariage. A l'église. Où un pote à Paulo, dépêché par le Saint-Office, tortura, avec un Philips aux piles trépassantes, la chanson censée fleurir notre magistrale descente de marches. C’est là, amaigri par des années de carême brûlé, que mon esprit sain décidait de congédier Paul sur le champ. Jésuite comme on n'en fait plus, je ne ralliais officiellement le clan des mécréants qu'un peu plus tard, découvrant un bonheur très relatif, celui de ne plus croire, même pas (en) ceux qui ne croient pas. J’ai opté pour la religion du doute, la plus simple, la plus sûre, la plus confortable. La plus lâche, peut-être. Comprenez M'sieur le commissaire visionnaire, j'veux pas être gaulé pour faux témoignage, moi, puisque j'vous dis que j'ai rien vu !
Plan social au ciel
J'aurais pu aller croire ailleurs et en bon judas balancer la recette de l'hostie aux pruneaux de l'agent. Bé non, c'était pareil ailleurs. Rien que des boutiques de restrictions. Fesse pas ci, mets ton foulard, ôte ton béret, porte ta croix, prends la porte, va voir ailleurs si j'y suis, viens Poupoule, chauffe Marcel, passe moi le ciel, Amen-toi (Avé Maria si tu veux). Même chez les Bouddhistes (dont l’origine du mot, sachez-le, ne vient pas de «Boudiou, kife un peu la coiffe du curé», mais de Bouddha), fallait faire régime. Avé la gymnastique en rabiot.
De tous ces gens, j'ai finalement gardé de bons souvenirs. La plupart sont maigres mais sympathiques. Souvent sincères et généreux bien qu'un chouïa portés sur les gris-gris. Il y a pire : les verts-de-gris-gris. Que je vous explique. Chaque équipe a sa réserve – c'est comme au foot, je vous le disais –, l'équipe B, celle des vert-de-gris, attendant que la A soit au bistrot pour entrer en piste. Ce sont les fous de vous, cher Dieu, les traditionnalistes, intégristes, fondamentalistes, extrémistes, fach... euh pardon, enfin, oui, c'est un peu ça. Beaucoup plus ambitieux et propres sur eux que ces petits dealers de haine de hooligans cornaqués par les gros bonnets de nuit du chaos mondial. Ils sont si propres, les chéris, si maiiiiiigres, ces bons bergers, qu'ils se faufilent partout. Par le trou de l’aiguille, habillés en chameaux, ils sont entrés à la télé et nous jouent en boucle la baston de bergers. Ce cher Benoît Seize (qui ne Suze que si l'on Sancerre) en a vu rentrer quelques-uns par la serrure de sa garde-robe, mais il n'a pas moufté le brave homme. Allons bon, on n'est pas des pidouzes ! Hep m'sieur le chef-curé, on laisse même passer les bizarres du fond qui tendent le bras tout droit en l'air pour attraper le calice ? Et la miséricorde, bordel !, que répondit le Saint homme sur son Saint siège en renversant sur sa Sainte ure son Saint bol de Banania. Y’a bon, laissez ouenir à moi les bweubis égaouées.
Le Saint homme, à sa décharge, a bien du mal. Le marché de la connerie meurtrière est des plus concurrentiels aujourd'hui – pire que la téléphonie mobile – où musulmans intégristes et juifs extrémistes ne sont pas en reste, toujours prêts à nous foutre le bordel et la guerre au nom de Dieu qui aimerait bien qu’on lui foute la paix. Cela dit, si Monsieur Dieu voulait bien se retourner utilement dans son tombeau, il pourrait nous sortir un petit plan social de derrière les fagots et entamer l'opération délestage par quelques-uns de ses porte-bonne-parole.
Au fait, avez-vous remarqué qu’on parle aisément des « bouffe curés », en se gardant bien d’invoquer la concurrence ? Ni « bouffe-rabbins » ni « bouffe-imams » ! Pas un néologiste ne s’est encore frotté à ce morceau de littérature. Les plus réticents sont sans doute chez nos amis les juifs dont quelques-uns perpétuent la confusion entre le commentaire sur la politique d'Israël – qui en mérite beaucoup en ce moment et pas des plus aimables – et le flagrant délit de révisionnisme. Donc, si Madame Tzipi Livni m'autorise et veut bien croire que je trouve Dieudonné pas rigolo du tout et Faurisson un vieux malade mental, je voudrais lui dire que peut-être, je dis bien peut-être car tout le monde peut se tromper dans la vie, elle devrait enfiler des tailleurs sombres lorsqu'elle s'excuse d'avoir loupé la cible.
Comme je suis un garçon optimiste, j’ai voulu conclure sur une note joyeuse ; sur les religieux et croyants qui, majoritairement, sont d'exquis et bienveillants bergers et brebis, sur la racine latine de « religion », « religare », qui signifie paraît-il « rassembler ». J’ai eu confirmation de l'exacte étymologie, par un neureux zazard, en tripotant gogole.com, sur intransigeants.wordpress.com. C’est le site internet d’un troupeau de dingues qui applaudit des cinq mains (parce qu’à ce stade du nunuschisme, il y a du handicap lourd, de la tuyauterie à l'abandon) la réintégration de la bande à Marcel. Marcel, plus connu sous le nom de Monseigneur Lefebvre, feu contremaître en chef de la congrégation du Saint-esprit. Officiellement, ces « intransigeants » sont des « étudiants catholiques pour la tradition ». Pour la tradition mais vomissant sur le net (avec un vrai site de professionnels où on voit bien que là où y’a de la gêne, y'a pas de plaisir mais y'a du flouze). On y trouve les dates des manifs à Paris pour « se venger de la politique sioniste et maçonnique qui influence Obama », lequel appel à la manif est commenté (non mais, c’est qu’ils ont aussi des doigts ces petits maniaques). Extrait : « Obama est un fils de pute. D’abord parce qu’il est (presque) Noir. Mais surtout, parce que ce sont d’autres fils de putes, youtres, ceux là, qui ont financé sa campagne. C’est comme ça qu’Israël tient l’Amérique dans ses mains crochues, depuis les Kennedy Brothers » (sic). Glaviot laissé en ligne, sans même un nota benêt désapprobateur. Visiblement le modérateur du forum était parti se polir le chinois (et vu qu'il a cinq mains, il avait convié dans sa piaule l'intransigeant webmaster, l'intransigeant gourou qui glougloussait par là, le bedonnant bedeau et ce sacré sacristain). Branlette interdite, Messieurs ! Bé oui, c'est un mouvement et c'est pas conseillé dans la conservation. Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font font font...
HV
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Un pote m'appelle l'autre jour pour me dire qu'on parle de moi sur
Libération.fr. Ouahh, la gloire !, que je me dis dans ma petite tronche de frimeur manqué, la gazette de Jean-Paul Rotschild qui s'intéresse à moi. Enfin. Il avait vu ça, le zouave, en cliquant
sur gougueule. Les internautes commentaient une tribune de Vincent Peillon, l'attaché commercial de la Ségosphère. Un certain Vianney y gueulait, rhabillant gratos Ségolène pour l'hiver. Texte
solide, bien écrit, long mais pas chiant, si bien que la flopée de Libénautes qui s'excitent sur le sort du socialisme poitevin abandonne Vincent à ses idées d'avenir, préférant commenter le
texte du Vianney. Et puis un Zozo, plus malin que les autres, sous un pseudo (cha va de choi), promet qu'il connait l'auteur du réquisitoire. Il s'agit, dit-il, de Vianney H. Tout juste s'il
n'explique pas qu'il avait l'œil (sans le doigt dedans, ce qui est un tort et le tort tue mon cher Rlututute) rivé sur mon épaule quand je me suis défoulé sur la pauvresse. Déjà que des pères de
Vianney, ça court pas les services d'état civil, mais si, en plus, il a un H au Q, alors là, M'sieur le Commissaire, y'a plus de doute, on le coffre. Je frémis. Et puis un autre Zozo, une Zozotte
en l'occurrence, lectrice du Doigt dans l'œil si j'ai bien compris (je la salue), resserre l'étau avec son petit clavier et raconte que c'est Vianney Huguenot.
Je n'ai aucune envie de
vous écrire. Parce que que je n'ai aucune envie d'avoir des idées ce soir. Mais je me suis promis en prenant la route, tout à l'heure, de vous donner de mes nouvelles dès que j'aurais mis le
pied ici. Ici, c'est à dire chez moi, après que j'ai été caliner l'âne et bécoter les biquettes. L'idée est encore plus idiote puisque je n'ai pas le temps. Une une soupe de légumes qui
s'échauffe sur le gaz.
Le grand jour pour les postulants au rôle de cantonnier approche. Et je ne
résiste pas à l'envie de vous livrer ma petite expérience en la matière. Toute petite. Un rapide tour de piste dans un des comtés les plus indécrottablement conservateurs de ces bonnes vieilles
Vosges. Moi le Nancéien natif de la prestigieuse maternité Adolf Pinard, expatrié dans la montagne vosgienne en 4cv dès l'âge de mes deux ou trois jours, je m'autolarguais au-dessus de la Plaine
des Vosges. A 34 ans. A Lamarche. Un chef-lieu de canton, haut-lieu de la désertification rurale, dont on ne sait jamais bien, sur les cartes Michelin, s'il est un germe résistant de la
Haute-Patate attenante ou le joli nom d'une énième aire de repos de l'A31 roulant par là. Trop long à vous expliquer pourquoi j'avais accepté ce pari fou. Mais puisqu'il y a prescription, d'une
part, et renoncement définitif à briguer ce mandat, d'autre part, je vous avouerai juste que le Pinot noir, et quelques amis m'épaulant cordialement un soir de février 2001 dans l'assèchement de
ses récipients, n'y sont pas pour rien. Ils se reconnaîtront. Sauf Robert, magnifique Auvergnat et à l'époque maire de Saint-Dié-des-Vosges, dont je ne suis pas sûr, là où il est hélas, qu'il soit
connecté au Doigt dans l'Oeil. Bref, personne ne voulait se faire Lamarche forcé et ma bonté légendaire avait fini par courir plus vite que ma peur du ridicule. Cette générosité m'avait trahi
tardivement : deux semaines à peine de campagne en vue. Aux rares militants socialistes oeuvrant pour ma candidature héroïque, j'avais assigné une feuille de route simple. «Nous avons quinze jours,
leur avais-je dit, inutile donc de se disperser». J'avais bien senti qu'ils attendaient une conclusion concrète de ce propos flou. «Pas un bistrot ne doit nous échapper !» que j'avais donc illustré
ma stratégie de conquête. Ils avaient applaudi. C'était suffisant pour sentir pousser en moi, du genre de ce que le bon docteur Pinard m'avait inculqué trente-quatre ans plus tôt pour la capitale
de la bergamotte, un début de sentiment d'appartenance à cet Ouest lointain. Cette Bretagne vosgienne, avec pour début d'océan de la céréale à perte de vue, m'adoptait enfin. Les Lamarchois
m'aimaient tellement qu'ils peignaient leur affection partout sur les murs. A défaut de colliers de fleurs, comme cela se fait chez les peuplades incultes, c'est à coup de parachutes badigeonnés
sur mes affiches que quelques membres de cette gent civilisée festoyait mon arrivée à bon port. Les parachutes étaient peint en rouge et j'en concluais que germait ici quelque idée de révolution et
que la paysannerie n'attendait plus que moi pour assauter la forteresse du cantonnier général sortant. Celui-ci m'avait fait savoir qu'il n'appréciait guère que je n'habite point dans le canton.
Non pour tenter de récupérer une vague taxe d'habitation, mais pour bien faire savoir à ses ouailles qu'il n'y avait ici de place que pour l'étranger taiseux, soigneux, poli, au bulletin de vote
sans histoire. Face à un argument de ce poids, je m'inclinais et saluais sa noble fidélité à la brousse et le fait que dans ce canton il y résidait en effet. Qu'en conséquence il y dormait aussi,
et qu'en l'occurrence il y dormait beaucoup. Mais au final je repartais avec quelques pour-cent en poche. Je concéde que les Lamarchois, me congédiant avant même l'entretien d'embauche, avaient
peut-être eu raison de ne pas accorder leur confiance à un énergumène écumant les tavernes avec une horde d'apparatchiks assoiffés. Je n'ai pour autant jamais admis, ni même compris, la critique
sur les lieux de naissance et de vie. Cet argument, qui fait la gloire des familles tuyaux de poêle, avait été servi à d'autres, bien avant moi et ailleurs, et continue à l'être un peu partout, en
ce moment même, au fin fond de campagnes cantonales et municipales. Même les gens des villes, qu'on dit davantage ouverts d'esprit, s'y collent. Si ce raisonnement incarne une forme de bêtise
presque bestiale, un genre de truc à la mords-moi-le jonc-si-t'es-bien-du-quartier parfaitement ridicule, il indique surtout un terrible aveu de faiblesse.