Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 11:45
La 111/ En mon âne et conscience

Outre un canard caractériel, deux chèvres ma foi pas mal gaulées, un chien pas à sa mémére, deux chats en chaussons et des dizaines d'araignées éreintées de mastiquer le moustique, la maison abrite Arthur. Un âne qui m'a définitivement persuadé de la bêtise des hommes et de leurs certitudes et autres traditions ancrées comme la crasse crépissant le crépuscule (ça c'est juste pour la sonorité de la phrase. Sachez que je n'ai rien contre les crépuscules). J'étais donc assuré que le baudet était de toutes les bestioles la plus crétine. Et que l'ânerie n'était pas le lit où la monture se ménageait, mais une connerie, une grosse sucette de Cambrai. On me l'avait appris à l'école et j'avais bêêêêêêtement retenu la leçon à force d'épousseter le piquet. J'y allais chapeauté d'un bonnet d'âne. Curieux, non ? La réputation de l'âne est la plus grande injustice des deux derniers millénaires, avec la naissance de Jésus dans une misérable chambre d'un discounter de Bethléem et la sélection de Nadine Morano aux JO du discernement et de la présence d'esprit. D'ailleurs, aussi bizarre que cela puisse paraître aux crasseux de tout à l'heure, j'ai déjà croisé dans mon périple zoophile (qui ne signifie pas systématiquement, contrairement à la rumeur du crépuscule, qu'il y ait eu rapport sexuel) des pinsons déprimés, d'ardentes couleuvres et des vaches petites, de surcroit cornées et toujours pas cocufiées.      

Je saute de l'âne au coq, car j'ai quitté mon bourrin quelques jours pour me rendre à Paname, comme disent les vieux soldats de la vieille, rue du faubourg Saint-Honoré. Dans un cabinet huppé, non mais, de recrutement, mes dents. J'y allais pour répondre à une proposition d'embauche de directeur, eh bé, de la communication. Bien plus que tous mes faits d'arme de vingt ans en cravate, c'est la veille de cet entretien qui vaut d'être alignée sur mon CV. Le mec classe que je suis avait rameuté tous les potes assoiffés dispersés en banlieue, dont un ex de ma légion à moi, un joli drille dont je ne dirai rien du blaze vu que le sieur bosse dans la boîte de conserve nucléoléolé. Bref, nous nous retrouvons. Les carafons se font concurrence sur le napperon. Pas de la petite bousculade d'épiciers, non. Du prospère, de l'abondant, de la grande surface. Tout était au poil pour que j'arrive à la bourre et bourre et ratatam rue du faubourg Saint-Honoroure. Le très sérieux cabinet m'attendait à 10 heures sonnantes, le lendemain.

A 9 heures, je suis viré criu-militari du lit. Un son déchire la couette et me déloge d'un rêve que la pudeur et la modestie m'interdisent de raconter ici. Ma soeur, à Paris par hasard, crochetant la porte de ma chambre comme dans un Vaudeville à suspension : «t'as pas un rendez-vous ce matin?». Moi : «Si !». Moi, à nouveau : «Merde». Je suis finalement à l'heure, au prix d'une toilette de chat et d'une scandaleuse désertion de l'épique bataille avec l'épis central de ma superbe crinière poivre-sel. Il fait chaud ce jour-là à Paris. Des raisins de rosé bourlinguent encore sur mon front et ce qui perle à l'entour n'annonce rien de salutaire pour qui va pêcher le job. D'emblée, je sens que je suis l'atypique et pique et colégram de service. Là par hasard. Un fruit de la compassion, tombé sans le faire exprès sur l'épaisse moquette aux airs de rouflaquette de la rue Saint-Honorette. J'avais pourtant veillé, dans l'ascenseur, à ce que mon pantalon n'emprisonne pas bêtement ma chemise, ce qui aurait donné à l'esthète une étrange allure de boudin en fin de soldes. Il valait mieux laisser tout ça en liberté ; la chemise sur le pantalon et le petit doigt à côté de la couture. On aurait dit Delon taquinant la cochonne à Saint-Trop-de-Pèze. Au fur et à mesure que les souvenirs de la veille mouillait ma liquette, je me voyais déguerpir de la short-list. Ame-stram-gram, dehors, vous n'êtes pas dans notre genre. Pas dans la norme.  

Je suis reparti en colère, un petit peu. Après moi. Comprenez M'sieur, mais il m'était tout de même difficile d'expliquer au taulier de la rue du faubourg que j'avais abusé la veille d'amis en mal de moi. Tout de même.

Voilà donc, pour vous qui recherchez un emploi ou allez fréquenter les chasseurs de têtes bien faites, les treize conseils de base.

1- Acheter un costard gris

2- Puis une chemise blanche

3- La mettre dans le pantalon

4- Ajouter une cravate

5- Rose, c'est mode.

6- Accorder les chaussettes (ne sous-estimez pas les petits curieux qui matent le détail en dessous de la ceinture)

7- Changer de slip (ne sous-estimez pas les recruteuses qui poussent très loin l'étude psycho-machin)

8- Cirer vos pompes (voir point 7).

9- Celles du recruteur aussi, ça peut servir

10- A la troisième ou quatrième question, assez vite en somme, et peu importe ce que ce recruteur vous demande : le flatter et lui dire «oh mon dieu cette question, on ne me l'a jamais posée, comme c'est original»

10bis- Si le recruteur est une recruteuse, inutile d'ajouter «Ah c'que vous m'troublez».

11- A la question «que feriez-vous si vous surpreniez un de vos collègues partant avec la recette de la journée ?», ne pas s'emballer, lire la notice et les propositions du questionnaire psycho-bidule : petit a/ «je le félicite» petit b/ «je réclame 50%» petit c/ «je le bute et je retiens 100» petit d/ «j'appelle la police»

11bis- Cocher le petit dédé

12- A la question «quel est le plus grand échec dans votre vie professionnelle ?», ne pas raconter la fois où vous avez vomi dans la boîte à gants de la décapotable de votre chef de service et que vous avez laissé les gros bouts dans le cendrier, dire ceci : «Je suis quelqu'un de très entreprenant, méticuleux, attentif, disponible, formidable et consciencieux et je dois avouer que j'ai pu créer quelques jalousies parmi le personnel en arrivant dès 5h30 tous les matins».

13- Attendre la fin de l'entretien avant de rameuter vos potes de banlieue.

HV


Par vianney huguenot / julien cuny - Publié dans : petitechroniquedulundi
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Commentaires

Bonjour, je saisis mon crayon dans l'instant, pour m'empresser de rajouter ces précieux conseils à la suite de ceux donnés dans le cours de M1 de l'an passé !
Commentaire n°1 posté par Paul Gass le 26/08/2008 à 22h52

Vous avez raison Paul, je pourrais vous faire un cours beaucoup plus intéressant que l'an dernier sur la question ! HV 

Réponse de vianney huguenot le 27/08/2008 à 07h31

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