Vendredi 13 juin 2008 5 13 /06 /Juin /2008 10:43
La 110/ Ségolie and Bertryde

Bon, je résume. A droite, rien ne va plus. Sarko, qui se dit qu'une quinquennouille c'est quand même drôlement plus con qu'une septennerie, pense déjà à la fin de son CDD qu'approche à grands pets. La panne. Alors la gauche se dit : Oh ben chouette alors, fonce Mimile, y'a l'feu qu'y passe juste à l'orange. Et paf, au croisement, y'a un mec en vélo qui se pointe, un du genre jmenbranltiste de la meilleure espèce-de-connard-t'as-pas-vu-que-j'avais-la-priorité. Pas de constat, le vélocycliste est parti fumer les mauvaises herbes du caniveau. Le talon arrière en repose-tête et trop occupé à pleurer sa bobobécane, le ballot oublie de relever la plaque d'immatriculation du paltoquet. Puis, d’un cri qu’on dirait le rejeton de Garou et Jean Reno jouer Léon-le-retour, il hèle le SAMU. Lui-même, avec ses petits doigts et son petit Nokia-trois-minutes-gratuites-pour-un-appel-d'urgence-aux-PFG.

Le feu est maintenant rouge, la gauche court toujours.

Ca, c'était la bonne nouvelle.

La mauvaise, c'est que le litre d'essence coûtera bientôt plus cher que celui de picrate. Et ça, c'est quand même pas très démocratique. Boire ou conduire, il faut choisir. Une fois pour toutes.

Je cause en connaissance de cause puisqu’il y a vingt minutes à peine, j’étais chez Esso. J'empochais un boutanche à trois euros quarante, ce qui fait tout de même vingt deux francs vingt sept centimes – il faut toujours convertir pour bien mesurer jusqu'où nos amis Les grands bâtisseurs de l'Europe nous la mettent – et je prenais trente euros de benzine. Pour vingt litres. Un euro cinquante centime – ou dix francs – le litre de gasoil. Quand j'étais gosse, ma déjà vieille prof de français, qu'était une carne, mais pas si conne – vous allez comprendre pourquoi – et bien elle nous disait que «quand l'essence sera à dix francs le litre, les gens continueront à consommer». Et nous, on se marrait, on se tapait sur nos petits ventres de petits freluquets ventrus et on se disait que non contente d'être une carne, elle était folle bien que copieusement rémunérée par l'impôt de nos chers pauvres parents. Les miens, en l'occurrence et en Peugeot, roulaient dangereusement. Elle était si pourave, la 404, que même un touareg sourd, aveugle et inconscient n'en aurait pas voulu. Bref, j'enrichis Esso de trente euros, ne sachant même pas contre qui il fallait que je râle en agitant le pistolet : l'Amérique saoudite, les Etats-Unis d’Arabique, Total, l'Elysée, la CIA, mon banquier, l'ONU, mon patron ? Si ce n'est les huit ensemble, il y en a au moins un qui nous entube. A partir de deux, on peut dire qu'il y a complot. Et vu que les huit là, contrairement à ce que nous raconte Le Monde en long, en large et, plus généralement, en travers, sont de mèche, il y a donc bien complot. CQFD, comme disait mon prof de maths que j'aimais beaucoup, figurez-vous, parce qu'il me racontait des machins tellement incroyables que je trouvais scandaleux qu'il n'ait point hérité du prix Nobel de la résistance aux cancres.

Un complot, je disais donc. C'est typiquement le mot que n'aiment pas les gens de gauche, surtout les modernes, qui vous expliquent, le cul serré et le doigt sur la braguette du bermuda à bretelles, que «tout ça, c'est plus compliqué que ça», que «il faudrait qu'on en reparle», que «faut pas que tu montes comme ça sur tes grands ânes, Dédé» et que «si t'as deudeux minutes, dès que j'ai jeté Benjamin au golf, je t'expliquerai».

Sauf, mon cher ami de gauche, que j'additionne le petit salaire de merde qu'on se fait, nous, la majorité…

Que je retranche les treizième ou quatorzième mois, peut-être même les douzième et onzième, les prix des mutuelles, des assurances, des logements, de l'essence, des taxes, des impôts (merde, c'est pas de gauche de parler de ça !), du pain, du café, de la viande, des nouilles, des godasses, des pneus, du ticket de train, désormais inabordable pour qui n'est pas du haut de la classe moyenne, du téléphone, de la redevance…

Que je multiplie tout ça à l'infini parce que c'est fini le bon temps des pensionnés, des rechigneurs de mutations et de Cdd, de toutes ces feignasses de petits vieux qui ne veulent plus bosser et de ces petits cons époussetant les bancs de la fac alors que tant et tant de petits niakoués, courageux et autodidactes, attendent de l'autre côté de la grille et se foutent bien de savoir, intègres et détachés qu’ils sont, qu'ils ne verront jamais la couleur d'une carte syndicale. Ni sans doute même celle d'une carte d'identité.

J'additionne et je retiens rien.

Sauf peut-être un vent de révolte qui commence à souffler et n'attend que la petite étincelle qu'il faut pour embraser le tout. A quand le grand Boum ? Il paraît qu'en 1968, quelques révoltes sont nées de rien. A Nancy, me dit-on, les mâles en avaient marre de grimper aux murs pour aller réviser leur philo au creux d'un poitrail vallonné. Ils ont fait réviser le règlement intérieur des cités. Et, dans la foulée, quelques articles des statuts de cette bonne vieille France. Si ce n’est qu’un petit rien, nous le trouverons bien en 2008. Au pire, on patientera en se consolant. Et on se consolera en pensant qu’ils vont venir nous sauver, Ségolène et Bertrand, ces vrais héros de la 3ème guerre mondiale qui crament les feux oranges sans se faire gauler par la maréchaussée.

HV          


Par vianney huguenot / julien cuny - Publié dans : petitechroniquedulundi
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