Mercredi 27 décembre 2006 3 27 /12 /Déc /2006 19:19

C'est dur d'être original, quand tout le monde s'agite l'intellect en même temps. Après l'achat des playstation et des bougies, et avant la ruée sur les chapons au champagne, il faut aller jouer des coudes dans les bazars du prêt à penser et dégoter la petite phrase qu'ira bien dans le coin de la carte de voeux. Moi, je voulais être original, car comme disait je ne sais plus quel romancier, «j'aime bien me citer, cela ajoute du sel à ma conversation». En haut de ma carte, j'avais d'abord écris «aimez-vous les uns les autres et tâchez de ne pas en mettre partout», mais on m'a dit qu'un hippie, chef d'une grosse communauté, avait déclaré le truc à l'Inpi avant de se retirer des affaires. Diantre ! Je désespérais quand un ami m'apprit qu'un autre barbu avait préempté «prolétaires de tous pays, unissez-vous». J'ai envisagé un moment, histoire de n'être doublé par personne, un truc simple et dépouillé, «Noël en balconnet, Pâques au tisonnier». Mais par les temps qui courent, je redoutais le plagiat. «Le communisme, c'est le pouvoir des soviets plus l'électrification du pays», ah ça, c'était classe. Parfaitement inutile, mais classe. Je l'avais trouvé dans les pages roses du gros Larousse. Qui m'avait illico rappelé à l'ordre que tout ça était tiré des oeuvres de Marie-Georges Marchais. 2007 n'avait pas encore démarré qu'elle m'épuisait déjà. «Je vous ai compris», que je dédicaçais tout compte fait. Mais on vint me rappeler que la citation n'était pas de moi. Elle était de Jacques Chirac. Re-diantre ! Il l'avait déclarée en 1995, juste après sa victoire à l'élection présidentielle. Vous vous souvenez ? Il y avait un monde fou, Jacques était au troisième étage, debout sur le rebord de la fenêtre, accroché aux rideaux, s'agitant et saluant ses militants. Derrière, il y avait Bernadette qui lui aggripait le bas du falzard en lui criant «Jacques, Jacques, où c'est que vous avez donc mis les clés de la CX, faut que je rentre, moi, maintenant». Et Jacques ne répondait pas, il saluait, il saluait, tout content d'avoir dégoté un boulot chez Manpower. Et au bout de la dizième fois, il lui dit, à Bernadette, «oui, ça va, ça va, je vous ai compris, cherchez donc vous-même dans la poche de mon duffel-coat...». L'histoire, bien sûr, n'a retenu que le grandiloquent, «Je vous ai compris» entrant au panthéon des adresses joyeuses au bon peuple de Paris venu réclamer brioches et crémant frais. Cette phrase, il l'avait d'ailleurs pompée chez Pompidou, comme son nom l'indique. Avec une même adresse, Georges avait envoyé paître la toute récente première dame de France qui, un soir de 1969, cherchait désespérément son casque de Vespa. «Rendons à César ce qui est à César» avait marmonné La Pompidou en quittant les lieux. Car la Vespa, figurez-vous, avait été louée sur les comptes de campagne du RPF et devait être rendue le dimanche soir, sous peine d'amende, chez «César & Bensousan Fils. Locations-Ventes en tous genres». Personne ne vous l'a jamais dit, ça, c'est de la trop petite histoire. Pour un peu, la grande histoire retenait «Rendons à Bensousan ce qui est à Bensousan», mais La Pompidou s'était plaint de cet associé, préférant négocier les prix en direct avec César, le chef d'atelier. Bref, j'écartais le «Rendons à César...». «Que d'eau, que d'eau», que j'avais finalement inscrit sur ma carte de voeux. Mais la phrase, que je croyais de moi, était déjà attribuée. Elle était même l'objet d'une controverse entre historiens. Certains l'attribuaient à l'ironique Bernadette Chirac, juste après qu'elle ait retrouvé les clés de la CX dans la gabardine à Tibéri. D'autres la prêtaient à Mac Mahon se plaignant régulièrement de cette manie des laquais d'aller noyer le pastis. Fatigué, le forfait 2007 de mon pacemaker déjà bien entamé, je me résignais et décidais de ne rien écrire. C'est une corvée, ces voeux. Bonne année quand même. HV

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /Déc /2006 08:12

Jeune homme, 52 ans, bonne situation, cherche ministre de la culture

Johnny a de l'idée, qu'on se le dise. Et il est beaucoup mieux que le cave à moitié belge que vous pensez. Pas fou le frelon, il part du principe que pour durer, il faut causer. Et, de préférence, faire causer les autres et les faire causer de soi. Dans les années 80 et 90, les Barclay et compagnie avaient inventé une première parade pour les baveurs en mal d'inspiration : la compil'. Ainsi, à défaut de sortir de jeunes chansons sur des disques, ils ressortaient des disques avec de vieilles chansons, présentées dans un ordre différent. Les plus réglos emballaient tout ça dans un coffret cadeau, y collaient un livret de paroles, un bout d'inédit et les photos de la starlette en bermuda. Le must du best of, c'était quand la voix du chanteur parlait entre chaque morceau et qu'il vous expliquait, au bord de la faillite et des larmes, pourquoi il avait plein de poils qui se dressaient quand il écoutait celle-là. Et puis la mode finit par routiner. Tout le monde s'y était mis. Même Renaud. Même les minets de l'acné academy, qui sortaient l'unique tube de leur vie, baptisaient leur gueulerie «best of my débuts». On se lassait. Dans les années 2000, la Jet' set raplapla et les stars au compte en banque flasque se réunirent à nouveau. Ordre du jour : trouver un truc qui cause de nous. Barclay avait le disque dur qui commençait à rayer sec, mais il cracha quand même, entre deux roteuses de la Marne, le premier symptome des obsèques puis une dernière trouvaille pour la route. Pour faire parler de vous et relancer vos ventes, dit-il aux ringuards, il faut investir les colonnes des faits divers.

 - Ah que j'ai plus un rond pour investir avait gueulé Johnny.

 Sur ce, Barclay mourit et tout le monde pleurit et parla de lui. Johnny, sur le coup, comprit. Alors il joua d'abord à James Dean, avant d'aller chanter dans les prétoires. Puis il se fit convoquer par l'administration du fisc à laquelle il devait la bagatelle d'une centaine de millions. Il avoua plus tard sa consommation de cocaïne, mais refusa d'endosser le viol d'une marine-pêcheuse, sur une barque au large de Maubeuge. Il tenta, bien après les portes du pénitencier, de refaire parler de lui en allant se réfugier en Belgique. Il en revint, chagriné de la scission entre la Flandre et la Wallonie, et pretexta que la Suisse, bien plus au sud, devait être autrement plus chaleureuse.

 - Suisse, je suis. Suisse, je teste qu'il dévoila à Voici.

 De Gstaadt, là où il l'immigré Hallyday occupait désormais un chiche deux-pièces cuisine avec douches à l'étage et vue imprenable sur le garage à vélo, il avait immédiatement appelé Nicolas. Il avait d'abord cherché son numéro sur le bottin.

 - Elices et Frères, vente de bateaux ; Elime ; Elip ; Elise and Co, société de production Richard Clayderman, ... ah que non, je trouve pas Elisée sur ce dictionnaire. Ah que oui, que ça s'écrit Ailisé... Ailerons,  location de pédalos ; Aigle ; Aïl et fines herbes, épicerie 24 heures sur 24... Il avait finalement appelé les renseignements.

 - Passez-moi Elisée, ah que ça saute.

 A l'Elysée, alors qu'il demandait poliment à parler à Nicolas, on lui avait méchamment raccroché au nez. Il finit par le trouver, Nicolas.

 - Ehhh, Nico, ah que je comprends rien à tes histoires de gonzesses, tu m'avais bien dit que tu déménageais sous peu chez Elisée. J'ai appelé, on m'a passé une rombière, pas ton style, elle m'a pris pour un dingue. Bon, je chuis en Chuiche, chuis désolé pour le poste de ministre des cultures que tu m'avais promis mais là, ça va être compliqué, vois-tu Nico

 - C'est emmerdant, Johnny, c'que tu m'dit là, maintenant il me reste plus que Clavier comme ministre de la Culture. Ou Doc Gyneco, mais j'avais pensé à lui pour la santé.

 - Ah que merde... et si tu prenais Sevran ? 

 - Pas con ça, sauf que je comptais le placer sur une mission pour la lutte contre le sida

 - Ah reque que remerde... et Line Renaud alors ?

 - Et pourquoi pas Jack Lang du temps que t'y es, y'en a marre de la 3ème République !

 - Alain Delon ?

 - Ducon, c'est ton voisin de palier. Et en plus il me soutient pas, il dit partout que je suis de gauche

 - Drucker ?

 - Déjà casé aux sports, c'est son truc, on fait du vélo ensemble

 - Et Freddy la Nouille ?

 - Qui c'est ça ?

 - Ah que c'est le frère de De Gaulle, Frédéric Mitterrand

 - Impossible, c'est pas sûr qu'il me soutienne, il m'a dit qu'il se prononcerait vers l'été

 - Ah que je te mets vraiment dans la pétrade avec mes voyages forment la jeunesse et déforment les poches

 - Et si je supprimais l'impôt sur les grandes fortunes, hein, et les droits de succession, et tous ces trucs à emmerder les bons Français comme toi, hein que tu reviendrais Johnny ? Et le XVIème arrondissement en zone franche, ça te dit ?

 - Ah que je réfléchirais sérieux, mon Nico.

 - Banco !

 - Et quand j'serai ministre des cultures, ah que tu crois qu'il faudra que je reprenne mon nom de jeune fille, comme du temps où je m'appelais Jeannot. 

 HV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mercredi 13 décembre 2006 3 13 /12 /Déc /2006 11:03

Petite assiette de raccourcis nappés d'une onctueuse mauvaise foi

Toute guillerette, Ségolène rentrait du Proche-Orient. Boudeur, Nicolas revenait de la proche banlieue, et commentait la virée de sa rivale. «C'est pas parce qu'on est élu démocratiquement qu'on a droit à tous les égards», qu'il disait, en gros, crochetant ainsi la guillerette qui était allée serrer la paluche d'un député du Hezbollah, démocratiquement élu. C'est un point de vue, paradoxalement sarkoziste et très respectable. Plus vicieuse est la suite. Le ministre de l'Intérieur, récemment déclaré, à la surprise générale, candidat à l'élection de 2007, rappelait à sa concurrente socialiste que Hitler, lui aussi, était sorti des urnes. Certains en déduisaient, indignés, que la belle aurait quand même pu tourner sept fois sa main dans sa poche avant d'aller taper la pogne d'Adolf. Un bon vieux raccourci qui prenait d'autant plus de relief que Ségolène se remettait à peine de ses problèmes d'oreillettes (elle avait déclaré, tout comme l'ambassadeur de France, n'avoir pas entendu cet autre raccourci du député du Hezbollah, comparant le gouvernement israélien au régime nazi). Voilà comment Nicolas venait de lancer en fanfare la campagne des coups bas. Pour lui emboîter le pas, je ne résistais pas à l'envie de vous livrer gratos cette petite assiette de raccourcis, nappés d'une onctueuse mauvaise foi. C'est Augusto qui m'a soufflé l'idée. Il est mort, le pauvre, déclarant avant de cracher une dernière glaire, qu'il n'avait à s'excuser de rien. Des milliers d'opposants refroidis, des milliards de dollars bien au chaud, à Honk-Kong ou ailleurs... Bagatelles ! A un journaliste qui le questionnait sur «ces pauvres mères qui ont perdu leurs fils qui avaient été arrêtés et que l'on n'a jamais revus», Augusto, droit dans ses mules, glaviotait : «Mais ces fils n'étaient rien d'autre que des bandits». Les mères de bandits n'ont pas le monopole des larmes. Margaret Thatcher, elle aussi, a du coeur. Elle a été bouleversée. Non !, pas pour ces pauvres fils et leurs pauvres mères. Juste pour Augusto. «Profondèment attristée» qu'elle a dit qu'elle était, à l'annonce de la mort de son compagnon de thé. Quand l'ancien dictateur chilien allait en Grande-Bretagne, il arrivait en effet à Maggi de partager ze tea time avec Augusto José Ramon. Sûr qu'ils levaient, à défaut du bras entier pour cause de rhumatismes, l'auriculaire gauche pour faire chic. Bref, ils faisaient rien de mal, nos deux retraités, ils papotaient du bon vieux temps. Peut-être même qu'ils se tripotaient, allez savoir (et imaginez un peu que Margaret ait malencontreusement échappé à la ménopause et que l'Auguste ait un gros retour de baton, et clac sous le guéridon. Tout ça au pretexte que la grabataire' connection attendait que le thé refroidisse. Vous imaginez la tronche de l'héritier - oh no, my god ! - le faciès crépi comme un sachet de thé asseché, la mitraillette dans la couche-culotte). Bon, je m'égare. Pour les Conservateurs anglais – comme pour les Républicains américains et quelques Libéraux et gaullistes français –, Pinochet n'a jamais été le dictateur sanguinaire que tous ces bandits gauchistes décrivaient. Il était juste un cousin un peu éloigné et turbulent, un associé un peu encombrant mais quand même soigneux, ponctuel et travailleur, redoutablement efficace pour mettre au pas toute cette bande de cocos latinos soi-disant affiliés à Cuba. José Ramon était aussi un fidèle serviteur du Rotary-Club* (qui dit lui-même de son million d'adhérents qu'ils sont «unis dans un esprit humaniste»). Pinochet était un humaniste, voilà tout ! Vous ne me l'aviez pas dit, ça ; vous voyez bien que vous êtes de mauvaise foi ! Un humaniste, qui plus est milliardaire, toujours à jour de ses cotisations au Rotary. Ce qui lui a sans doute valu d'être élevé au rang de «membre honoraire» du Rotary International. Comme Georges Bush, d'ailleurs, ou son petit ami frenchy... Nicolas Sarkozy ! Pinochet, Bush, Sarkozy, même combat ! Ah c'que c'est con un raccourci, n'est-ce pas Nico ? Je reprendrais bien une louchotte de mauvaise foi, moi, il m'reste un bout de raccourci.  

 

HV           

 

 

* Astérisque et péril : Pinochet était membre honoraire du Rotary International. Il n'en a jamais été exclu... contrairement, dans les années 30, aux membres juifs du Rotary-club allemand.

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mercredi 29 novembre 2006 3 29 /11 /Nov /2006 18:20

Plaidoyer pour Georges Frêche

 

J'ai attendu et je me suis dit : il y en aura bien un, un petit éditorialiste de rien du tout, un tout petit député de mes deux, un petit joueur de foot à la noix de coco, qui ira remonter le courant et chanter une autre rengaine. Rien, ketchi, nada. Ils sont tous restés sur la même longueur d'onde, répétant ce que le précédant répétait : le fond de l'air est frêche, Frêche ceci, Frêche cela,  grossier, raciste, infrêchquentable. Même au PS, dont on nous dit qu'avec la fraîche Ségolène tout a déjà changé, on nous a joués un vieil air de tango. En trois mouvements. Acte 1 : «c'est vrai ça, Frêche il a dit ça ? Ouh la la». Acte 2 : «Ouh la la, faut kjen kause à la kommission des konflits». Acte 3 : «Bon, c'est reglé, la kommission s'est réunie, elle délibérera dans quatre mois». Ou Frêche est une merde raciste, et il est exclu du PS sur le champ. Ou il n'est pas raciste, et n'a fait que dire une connerie de plus, et pas besoin de quatre mois pour délibérer !

 

 

 

La phrase de Frêche – désolé ! – ne ne m'a pas choqué. Ce qui est choquant, et pesant, c'est ce climat ambiant qui justifie aujourd'hui de telles comptabilités et considérations raciales. Et c'est la floppée d'hypocrisies en tous genres qui a suivi les déclarations de Frêche. D'abord, Georges n'est pas le conseiller général de Trifouille-moi-les-ovaires. C'est un élu qui pèse, comme on dit ; le président d'une grosse région, de deux millions et demi d'habitants. Ce qui explique notamment pourquoi nos chers camarades socialistes, d'habitude si pointilleux, sont à ce point embarassés. Deuxièmement, Frêche est sans doute un vrai con. Ce qui autorise les médias à le planter sur à peu près tout ce qu'il dit, sans que personne ne trouve rien à redire. Au contraire (tirons en choeur, chers confrères, tirons en choeur sur l'ambulance) ! Si Frêche, il y a quelques mois, n'avait pas bavé sur les harkis comme il l'a fait, c'est à dire comme un pur porc, ce n'est pas sûr que nos éminences éditorialistiques, footballistiques et anti-racistiques lui soient tombées dessus pour sa descente sur les neuf blacks du onze de France. Souvenez-vous. Qui était dans l'assemblée quand Frêche s'est lâché, avec une violence inouïe, sur les harkis ? Jack Lang ! (Gling, bravo, vous avez gagné une semaine au club Med de Mostaganem). Jack, si prompt à plaider contre toutes les formes de bêtise humaine, a-t-il tourné les talons ? Est-il venu rappeler à l'ordre son vieux pote Georges ? Oui (Gling, désolé, vous repartez avec un abonnement d'un mois à Historia). La réponse était non, car Jack, à l'époque, faisait campagne pour le poste de présidentiable. Frêche n'a d'ailleurs reçu des caciques parisiens qu'un petit carton jaune, quelques jours de mise à pied, avant de réapparaître sur les estrades... aux côtés de la belle Ségolène !

 

 

 

Sa gueulerie sur le Onze de France a des relents très différents. Qu'a-t-il dit exactement ? Que neuf noirs sur onze joueurs, ce n'est pas très représentatif de la France. Et alors... Evidemment que ce n'est pas très représentatif de la France ! Quand Tf1 claque un black sur le plateau du JT, Le Lay vient s'épancher dans tous les magazines en disant qu'il s'est saigné aux quatre veines, le pôôôvre, pour réparer une injustice. Et tout le monde applaudit ! Et qu'importe si Le Lay se fout de tous les pauvres types de toutes les couleurs ingurgitant sa télé de merde... Qu'importe, puisque tout le monde tape dans les mains et se dit «Ah ça, c'est pas le service public qu'aurait fait ça». On rêve ! Pourquoi un noir apparaissant au JT de la Une permet de disserter sur les quotas et la sous-représentation des blacks dans le monde des médias ? Et pourquoi deux blancs apparaissant dans l'équipe de foot interdit toute discussion sur leur sous-représentation dans le monde des sports ? C'est une bonne question, merci de ne pas l'avoir posée !  

 

 

 

De deux choses l'une. Ou on se fout (c'est ma doctrine) des couleurs, des origines, des religions, des diplomes et de la longueur de nos bistouquettes, et on se dit qu'en y mettant un peu de bonne volonté, on arrivera quand même à vivre dans le même zoo. Ou on ne s'en fout pas, et on sort nos goupillons, nos double-décimètres et nos mitraillettes... et on en assume les conséquences ! Tant de blacks en France, donc tant de blacks à la télé et tant de blacks dans les équipes de foot. Tant de pédés en France, donc tant de pédés à l'assemblée nationale et tant de lesbiennes dans les équipes de basket. C'est à ce petit jeu que Frêche s'est pris. Au petit jeu à la con, importé d'Angleterre et des  Etats-Unis, qui veut qu'après le couvre-feu chaque cube rentre dans sa case, et chaque couleur sur sa palette, illico chaque soir sans avoir eu le temps de métisser et de véroler la société. Frêche est-il raciste ? Je ne sais pas, je ne fréquente pas ce zozo. Mais de ce que je sais de lui, il ne l'est pas plus que Clinton, Blair et bien des socialistes aujourd'hui très fréquentables. Une société où tout est traçabilisé, étiqueté, comptabilisé et rangé par couleur, ne peut, hélas, aboutir qu'à ce genre de considérations imbéciles. Mais, par pitié !, que ceux (une grande majorité de politiques) qui travaillent à ce nouvel ordre mondial ne fassent pas la leçon quand un pitre vient s'amuser sur le nombre de blacks dans une équipe de foot. ...Et que ce même zigoto boucle sa pitrerie sur cette pirouette : «tous les blancs sont nuls» (ce que peu de médias ont rapporté). On est quand même très loin des vomissements de Le Pen sur la race supérieure.

 

 

 

Ce même Le Pen à qui l'on fout aujourd'hui une paix royale ! Le pôôôvre, on ne sait même pas s'il aura ses 500 signatures. Le Pen est un meuble de la République. A tel point que l'Ump ne peut plus s'en passer et, par la voix d'un de ses rigolos, a récemment fait dire à ses bons maires gaullistes qu'elle ne voyait pas d'inconvenient à ce qu'ils apportent leurs signatures à ce bon vieux Jean-Marie. Et là, qui a moufté ? Où étaient les éditorialistes de la grande presse française ? Tous occupés à compter les blancs sur les bancs de touche. D'ailleurs, dans les stades de foot, quelle que soit la couleur de la pelouse, c'est dans les tribunes qu'on s'étripe. Et quand un supporter du PSG gueule  «sale nègre, sale juif, Le Pen président» (tout ça à la suite), aucun éditorialiste ne se pose la question d'aller poser celle-ci à Le Pen : «Ca vous fait-y pas chaud au coeur tout ça ?».

 

 

 

HV

 

 

 

 

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Dimanche 26 novembre 2006 7 26 /11 /Nov /2006 17:02

Ca se discute...

Je croisais la semaine dernière deux gens bien, comme on dit. L'un couvert d'un  chic pull-over vert frappé de la marque aux trois vaches brunes. Employé de banque. Pas un enragé de la chose publique, non. Simplement engagé. Il avait été, m'expliquait-il, un délégué syndical estimé. Puis s'était reconverti dans l'infanterie légère, comme secrétaire général adjoint d'un club de boules. 64 adhérents, tout de même, qu'il fanfaronnait. L'autre aussi, malgré un Cdd de retraité, a le coeur qui bat vite. Et à gauche. Il s'emporte. Et dans une même diatribe, taille un short à Chirac, des croupières à Seillière et refait le portrait de Dieudonné, tous, selon lui, d'efficaces militants de la Lepénie rampante. L'autre m'assurait connaître déjà les résultats du second tour de l'élection présidentielle : 

         Belotte et re-belotte, au second, ce sera Le Pen Sarko.

 Taiseux, que j'étais. Il poursuivait.

         Mais comprends-tu, ce coup-ci, moi j'irai à la pêche

 qu'il me tutoyait.

          Ah, tiens...

 Ce sont les premiers mots que je lâchais. J'allais tout juste en postillonner un troisième quand l'autre, je veux dire celui au pull-overt, me coupa le sifflet.

         J'vais même te dire, je crois bien qu'il faudrait même qu'on vote Le Pen

 Mes oreilles en rougissaient.

         Non, j'irai pas jusque là...

 qu'il se rassurait.

         ...mais enfin...

 Je connaissais la fin de sa phrase : «Puisqu'ils le veulent, ils l'auront».

         ...Puisqu'ils le veulent, qu'on leur donne...

 J'étais pas loin.

          ...Et merde !

 qu'il avait aussi bavé dans mon verre. Car nous étions sur un zinc, j'ai oublié de vous le dire, ça.

          Oui, mais tu comprends...

 que j'essayais de lui dire. Impossible d'en placer une, je recommandais une gorgée. Seul le patron m'écoutait ici.

         Un autre !

 Je n'étais pas au bout de ma peine. Le retraité, un mec bien, je le rappelle, après s'être enfilé une tisane blanchâtre comme mes urines un soir de diète, m'alpaguait l'écoutille pour un cours sur la révolution. La vraie ! Pas celle qui s'achève sur les barricades, non. Celle qu'on guerroie sur les guides pratiques.  

         Oui, t'as raison...

 qu'il jactait en regardant son pote. 

         ... Ils l'auront. Et nous, on fera la révolution !

          Pas con ça.

 que j'avais réussi à placer, du temps que le premier était allé pisser. Le second était maintenant agrippé à son portable.

         Mais ma Minoune...

 qu'il disait

         ... je t'assure, ma Minoune, j'attends Joseph qu'est parti à la boulange pour les pâtés lorrains, je sais pas ce qu'il fout ce con... J'arrive

 Minoune, j'avais compris, c'était Bobonne. Et Bobonne, j'avais bien entendu, s'énervait de la pause bistrot à rallonge.  

         On en était où ?

 que me jeta le pisseux censé faire la queue à la boulangerie

         Minou a appelé...

 balança le premier, blême, au second.

         Faut qu'on y aille, Jo.

 Jo, c'était son nom. Comme Joseph. Et Minou, le diminutif de Ma Minoune. Le débat allait s'achever, sans que mon temps de parole soit respecté. Je la maudissais, cette Minou. Huit mots, que j'avais casés. Sans compter les commandes au patron. Grande gueule, accessoirement ancien copain de lycée, ledit patron atterrit soudain sur le zinc. Avec sa gouaille, ses grosses paluches embaguousées et sa bouteille de Porto blanc.

         Voilà pour ma tournée.

 Et schlaff, nos deux verres et la tasse de l'autre, comblés d'aise et le ventre plein, souriaient à nouveau. Mon vieux pote de lycée, jadis garçon sage, était aujourd'hui homme serein. Hug ! Et s'il y était allé de sa poche pour cajoler nos gosiers, c'était plus surement pour payer son billet d'entrée dans le débat. Serein, je disais donc, qu'il était désormais :

         Moi, c'est au premier tour que je vote Le Pen, comme en 2001.

 Jo repoussa son verre.

         Je ne peux pas...

          Tu ne peux pas quoi ?

 le questionna Jean-Paul, son pote.

         Je ne peux pas accepter le verre... le verre...

 Il retenait son souffle en tripotant son porte-monnaie

          ... le verre d'un facho, non, je ne peux pas !

          Ah, tout de suite les grands mots

 ne lui envoya pas dire mon vieux pote de lycée serein, qui l'interrogea brutalement :

         Et toi, t'as voté quoi en 2001... Ducon ?

 qu'il ajouta sur la fin de phrase, histoire de lui faire comprendre qu'avec sa prostate en vrille et sa mine d'intello à mi-temps, sa Minoune n'allait pas tarder à aller picorer le pâté lorrain du voisin. Jo bredouillait.

         J'ai hésité

 qu'il hésita à dire.

         Et finalement, j'ai voté Chevènement.

 Il nous expliqua que la France allait à vau-l'eau, que de l'Europe il n'en fallait point trop, que Chevènement était revenu de si loin, le pôôôvre. Et que Jospin, ce salôôô, l'avait blessé, lui le de gauche depuis toujours, en allant dire aux ouvriers de Michelin que l'Etat ne pouvait pas tout. Son pote, le retraité de la Sncf, sur ce, embraya. Il me regardait et crachotait sous son dentier.

         La réforme des retraites de Jospin, on l'attend toujours, hein !

 Mon pote le serein le coupait.

          Et toi, tu faisais quoi le 21 avril ?

          Heuu, ma grande tante frôlait la cirrhose, il fallait que je la veille. Et mon fiston révisait son bac blanc, alors je le faisais répéter la veille.

 Je le faisais répéter :

         Donc, t'as pas voté ?

          Tati et chouchou, c'est sacré, tu sais

 qu'il s'excusait.

 Tati, c'était le diminutif de sa tante cirrhosée, à l'article de la mort. Et chouchou, le sobriquet de son fistaillon, à l'article du quadruplement de terminale.

Je compatissais. 

         Une autre, patron !

 HV

 (dialogues romancés, pour le fun, mais tirés d'une authentique conversation de bistrot)

 

 

 

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Samedi 18 novembre 2006 6 18 /11 /Nov /2006 13:55

Notre-Dame des Urnes

Sérieux, j'ai rêvé cette nuit que j'étais dans un bus, j'étais sur l'avant-dernier siège et je fumais l'avant-dernière de mon paquet de Navy-Cut sans filtre. Je buvais aussi du gros plant nantais dans une timbale en feraille. Dans le bus, il n'y avait que des femmes, sauf moi. Ca démarrait bien comme rêve. Et puis, elles criaient toutes «ségo, ségo, ségo». Et moi, je mordillais mon gobelet et je fumais là, parce que le chauffeur, l'autre seul mâle embarqué, m'avait à la bonne. Dès la dernière bouffée, je me suis mis à chanter, «ségo, ségo, ségo», pour pas me faire remarquer. Nous partions à un meeting. Ah, si, c'était bien. On est arrivés, j'ai fumé un sandwich du temps que les filles dépliaient la banderole. Dessus, y'avait écrit «ségo for ever». Et puis je me suis réveillé. Une envie de pisser qui m'a fait louper ségo, ségo, ségo en vrai dans mon rêve. Je suis descendu à la cuisine, j'ai allumé Europe. Le speaker causait. «Ségo, ségo, ségo», k'y disait. Et là, éclair de génie post-urinaire, je m'ai souvenu de ma soirée beaujolais nouveau. J'étais aussi allé aux urnes (Oui ça se dit ! On dit bien «aller aux vêpres», ou «aux putes»... deux activités nocturnes qui, soit dit en passant, peuvent rendre de grands services). J'étais donc allé voté au Ps. Je ne vous dirai pas pour qui, ça ne se dit pas, et ça n'a d'ailleurs aucun intérêt vu que j'ai pas voté ségo. Ce qui en a, de l'intérêt, c'est que ségo, ségo, ségo nous a joués la kalachnikov de fer dans un étui de velours : liquidés, les deux mâles, en moins de temps que j'avais sifflé mon jambon-beurre en bas du bus. La bite sous le bras, comme dirait l'autre, qu'ils sont rentrés. L'un à l'ouest, en seine-de-ménage-maritime. L'autre au nord, vers un valdingue de l'oise. Circulez.

 

Il faut vous dire qu'avant que ce rêve ne vienne me réconcilier avec ségo, ségo, ségo, j'avais pronostiqué sec. Ségo : un 45 fillette. Lolo : un 35 bucheron. Et les miettes pour Domi. Avec un tel pif, on a de sérieuses prétentions d'embauche à la Sofrés, non. Mais là n'est pas le problème. Car j'étais tellement ébahi des 61% de la gazelle que je n'avais aucune espèce d'envie d'attention à mon avenir professionnel. Ebahi, c'est le mot. Bluffé, c'est mieux. Cette gonzesse est incroyable. Elle se pointe là, avec son col Claudine, sa petite jupette et sa 22 long rifle dans la poche. Et un coup dans le Poitou, pour Raffarin, entre les deux yeux. Et un coup pour Jospin, à La Rochelle, sous les aisselles. Et deux coups d'un coup dans les urnes, dans les burnes à Fabius et Strauss-Kahn. C'est Calamity Jane, cette nana. Ou Lucky Lucette alpaguant les Dalton (Jean-Pierre, Lionel, Laurent et Dominique) plus vite que son ombre (François). C'est tout simplement incroyable. J'ai vu des gauchistes de la pire espèce haïr depuis des siècles les mérites du blairisme à la française, et voter ségo. J'ai vu des machistes de la première heure militer depuis des lustres pour les meufs aux fourneaux, et voter ségo. J'ai vu des profs de la nouvelle vague bosser trois quarts d'heure par jour à la maison, être exténués, et voter ségo. J'ai même vu des fabiusiens aller voter en cachette, et  des strauss-khaniens atteints d'une subite flébite de la bite. Allez savoir pourquoi ! Ce n'est pas Calamity Jane, ni même Lucky Lucette, c'est Ségolène Soubirous ! Dont le premier pélérinage, jeudi, en bord de l'urne, a produit des queues inattendues de paroissiens venus verser leur offrande à la victoire. Les comptes du denier du culte se sont gonflés comme par miracle et l'abbé François en était enchanté. Ségo, ségo, ségo est finalement apparue, vers minuit, entre les tableaux de recolement de votes, les pleurs des protestants et la grise mine des réfractaires. La madone des sondages venait chercher une p'tite promotion, un nouveau statut. Elle est repartie avec une statue,  Notre-Dame des Urnes. Pourvu que ça dure. Que je retourne dans le bus.   

 

HV          

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 /11 /Nov /2006 08:52

L'Etat gère et la France est en marche

Je suis zépaté. Pour un peu, je larguais Fafa et me maquait avec Hulot. Ce type est tépatant, n'est-ce pas. Il arrive à la télé, dring, bonjour Monsieur Le Lay, c'est Nicolas, faut que je cause du réchauffement de la planète. Ah ben très bien, qu'il dit l'autre, vous prendrez bien un coca aux orties avant d'entrer en plateau. Vingt ans que les écolos, je veux dire les pros, les Waechter, Mamère, Lalonde, Voynet, se crèpent les couettes pour savoir lequel loupera le 19/20 de France 3 Picardie. Vingt ans que leurs chapelles chipotent et que la verte cathédrale s'effondre. Vingt ans qu'ils pratiquent la démocratie tellement participative qu'ils ont plus de motions que d'adhérents, plus de militants que d'émotions. Vingt ans qu'ils refléchissent au titre du préambule des statuts du congrès extraordinaire chargé de désigner le chargé de mission chargé d'écrire l'article premier des statuts du congrès ordinaire chargé d'établir la liste électorale des votants chargés d'élire le relecteur du préambule (à lire deux fois pour bien suivre). Vingt ans qu'ils font du vélo en se mordant la queue. Vingt ans que la chaîne est à terre et qu'ils pédalent dans la semoule bio. Vingt ans, pourtant, qu'ils ont raison et disent ce que dit Hulot. Il faut être seul, et avoir de la gueule, aujourd'hui pour défendre des causes justes, c'est comme ça. Donc, je disais donc que j'allais rejoindre Nicolas Hulot. Quelle classe, quelle gueule, quel panache, ce type. On en oublierait presque ses ushuaïades, ses problèmes respiratoires, ses cheveux sales et ses amitiés chiraquiennes. Sérieux, ce type est plaisant. Il mépate. Il dit des choses que les verts s'entretuent à dire depuis des lustres, et lui, tout le monde l'écoute. Y compris moi, hier matin sur Europe Hein. J'étais dans ma camionnette et qu'entends-je ? Dring, bonjour Monsieur Elkabach, c'est Nicolas, faut que je cause du refroidissement de la planète. Ah ben très bien, qu'il dit l'autre, vous prendrez bien une orangeade au thym tamare avant d'entrer en studio. Et il cause, il cause, le Nicolas. Que des trucs bien que même les verts n'avaient pas pensé à mettre dans le préambule de leur menu. Jusqu'à ce que, plaffff, le Nicolas s'étale. Elkabach lui parle des agriculteurs. Et l'autre qui dit : ah ben oui, il faudra faire des états généraux de l'agriculture. C'est bien, des états généraux. C'est en général le genre de truc qu'on sort quand on est à court de trucs, ou d'idées, et que l'orangeade est mal passée. Zavez jamais remarqué, chez les mecs qu'ont rien à dire et qui se pointent quand même à la tribune, il y a deux genres de ouistitis. 1- Celui qui vous refait le monde en beaucoup plus vite qu'Omo Plus vous détâche vos serviettes 2- Celui qui vous plante un groupe de travail au premier couplet, une commission ad hoc au second et des états généraux dans la conclusion. Histoire de dire : bon, j'ai pas trop d'idées sur le coup, ni sur le champ d'ailleurs, alors je vais réunir quelques pingouins de province, je leur paye le train première classe, un plateau de fruits de mer au buffet de la gare, et, entre la poire et le fromage, ils m'alignent la substantifique moelle de leur épine profonde. Et là, j'ai gagné 15 jours. Et je reviens chez Le Lay, ou Elkabach (c'est comme vous le sentez), et j'y dis : ça y est, tout baigne, la démocratie participe, les verts tèbrent, les états gèrent, les autres générent, la France françoise et, en plus, elle est en marche.

 

HV          

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mardi 31 octobre 2006 2 31 /10 /Oct /2006 11:29

Les uns et les zoap

Comment s'extraire du piège ? Si je pose la question, c'est que je n'ai pas la réponse. Ou alors, me direz-vous, c'est un truc de journaliste : on titre pour attirer ; on fait semblant d'être un peu con, un peu plus que le lecteur, en posant une question ah-qu'elle-est-bonne. Et pis le lecteur, il est là, la langue pendue en haleine, à se dire «ah qu'il est con celui-là, même pas capable de répondre». Alors il lit l'article jusqu'au bout, bien sûr, pour pouffer de rire. Parce qu'il se dit «moi j'ai la réponse qu'il a pas, à sa question ah-qu'elle-est-bonne». Et peut-être l'a t-il d'ailleurs. Peut-être, en tous cas, en a t-il une meilleure que les observateurs et acteurs politiques (qu'on nommera ici zoap pour faire plus vite). Peut-être, hélas. Le piège, c'est une nouvelle campagne présidentielle centrée sur les questions d'insécurité. Je me fais en effet une réflexion toute bête : si on en arrive là aujourd'hui, avec à peu de choses près les mêmes ressorts médiatiques qu'en 2002, c'est que les zoap ne sont que des zigotos qui n'ont tiré aucune leçon ; ou qu'ils n'ont aucun intérêt à ce que ce thème de l'insécurité décanille des débats présidentiels. Pour les zoap de droite, je le conçois. Pour les zautres zoap, j'ai un peu de mal à comprendre. Ce que j'ai compris, hier à midi, c'est que le piège avait été huilé à merveille pendant cinq ans et qu'il re-fonctionnait. J'écoutais RTL (vous me direz que c'est pas bon pour ce que j'ai !), «les auditeurs ont la parole». Deux sujets sur lesquels l'animateur faisait réagir l'auditeur : le bus cramé de Marseille et la main du pompier haché par une bombe de supporters marseillais. Je me suis d'abord dit que deux et deux font quatre, que trop c'est trop, et que si j'étais un zoap au pouvoir, je rendrais illico Marseille à l'Algérie. «Mais oui !» m'a dit un pote... celui-là même qui, y'a pas si longtemps, voulait qu'on rende Alger à la France. Ce mec se contredit, que je me suis dit. C'est pas un zoap sérieux, que je me suis dit aussi. Alors j'ai zappé. Le problème n'en était pas pour autant réglé. Alors j'ai mis plus fort RTL. Je me croyais à un meeting de la section UMP de Vitrolles. Sérieux. Des auditeurs en enfilade qui venaient cracher leur venin et concluaient tous leur laïus par «votez Sarkozy». Sérieux. Non, j'exagère, c'est pas que des cons à RTL, ça changeait de mots. Y'en a qui disaient «comprenez, M'sieur, j'ai toujours voté à gauche, moi, mais je me pose de plus en plus la question sur Sarkozy. C'est peut-être lui qu'il nous faut». Pis d'autres qui disaient «Moi j'ai toujours voté à droite et je sais de quoi je cause, le Sarkozy, on l'empêche de faire ce qu'il veut». C'est à dire de faire ce qu'il faut pour mater la bougnoulerie internationale et marseillaise. Non, bien sûr, on ne laisse pas dire les choses comme ça à RTL ! J'ai éteint le bouton. Puis je me suis dit que les auditeurs de RTL étaient vraiment des zoap félés et des gros cons. J'ai donc pensé, très très vite, que j'en étais un aussi, de gros con. Et qu'avec mon air malin de donneur de question, je n'avais pas résolu mon problème de piège.

 

Alors j'ai gueulé contre la gauche. «Et qu'est qu'ils foutent les zoap de gauche, on les entend pas !». Ben si, justement. Y'en a un (je sais plus qui) qui disait, l'air vachement posé, style François Bayrou en caleçon de bain à La Rochelle : «Il faut résoudre le problème du chômage, donner de l'argent aux universités, recruter des éducateurs...». Et paf, ça m'a rappelé une diatribe de Sarko, répondant à ce genre de propos il y a quelques mois, et qui disait, en gros, «allez vous faire foutre avec votre angélisme de mes deux, la racaille je m'en occupe à coup de jardinières dans la gueule». Y'en a un autre, de zoap de gauche, qui a réagit, l'air vachement plus énervé, dimanche soir sur RTL (à croire que j'écoute que ça). C'est Fafa, traitant les crameurs de bus de «salopards». Là, je me suis dit, ah c'est bon ça, enfin un mec de gauche pas obsedé qui parle que d'assistantes sociales. Pensez vous, Fabius s'est fait cartonné dès le lendemain par un certain... Sarkozy, venu lui demander – gentiment, car on ne parle comme ça au premier ministre de la France – de ne pas ajouter de l'huile sur le bus. Allez comprendre.

 

Alors, au fait, c'est quoi la réponse ? Sarkozy a préempté le sujet, il a la baraka ? Ou c'est la gauche qu'a la scoumoune, et qui ferait mieux de parler d'autre chose ? Je n'en sais fichtre rien, moi, je ne suis qu'un petit zoap de province retiré des affaires. Ce que je sais, c'est qu'il faudra bien qu'on trouve un moment pour aller expliquer aux crameurs de bus et hacheurs de mains de pompiers qu'on peut leur trouver des trucs vachement moins dangereux pour faire la campagne de Le Pen et Sarkozy. Je sais pas, moi, coller des affiches, récolter des dons, faire la claque dans les meetings... HV                   

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Mercredi 25 octobre 2006 3 25 /10 /Oct /2006 20:06

Questions pour un clampin

Questions pour un champion, vous connaissez ? Alors voilà, imaginez que vous êtes derrière le buzzer, là, tout seul avec votre p'tite veste à carreaux et vos mains moites, et y'a l'aut' pomme dont j'oublie le nom qui lit sa première fifiche.

 

- Attention, top départ, je suis je suis un commerçant, un commerçant sédentaire, plutôt répandu dans les années 60, en milieu rural, mais pas seulement, dans les années 60/70 on dira, avant avant avant l'apparition des grandes surfaces, je vends je vends je vends des pots de peinture, des pneus de brouette, des clous, des clous et des pastilles, des rustines, des râteaux, des scoubidous des fois, des poêles à frire aussi, j'ai j'ai j'ai un tablier gris pour servir, mais pas toujours, mon nom commence par un Q, un Q, un Q, et un U, et ça se termine, ça se termine par un R, un IER plus exactement, je suis je suis je suis...

 

Un Quincaillier, tiens donc. Ma belle-mère en tenait une, de quincaillerie, figurez-vous. Ma mère tenait, elle, une... Ah ben non, tiens, je vais vous la faire aussi au buzzer.

 

- Attention, top. Je suis je suis un commerçant, un commerçant sédentaire avec un  rideau en bois qui ferme la devanture tous les soirs, avec un gros cadenas aussi en fer, je suis je suis plus répandu dans les années 80/90, avant avant avant qu'Edouard Leclerc s'implante partout avec ses espaces culturaux, j'avais des rayonnages partout moi aussi, derrière et devant, j'avais j'avais j'avais des p'tites vitrines fermées à clé avec plein de stylos et de cartouches dedans, je faisais le papier, la feuille cartonnée, le livre de bachotage, le taille-crayon soldé et le bloc-notes rayuré, j'étais j'étais j'étais...

 

Un libraire-papetier ducon ! Et quelle est la morale de l'histoire ? 1- Que le général Auchan et le maréchal Leclerc ont finalement gagné la guerre contre le petit commerce de proximité. 2- Que ma mère et ma belle-mère, même si je les ai pas connues à la même époque, me chantonnaient finalement la même musique : «le client est roi, vois-tu fiston». 3- Et que maintenant que j'ai enfin coupé le cordon de ma mère, et celui de ma femme avec la sienne, je me suis finalement pris les pieds dans celui de Ségolène. «Le citoyen est roi, vois-tu ducon» qu'elle me chante, elle, maintenant.

 

- Je suis je suis je suis un maire de banlieue, de la banlieue sud et chaude de Paris, je suis élu depuis cinq ans, j'ai j'ai rénové 568 cages d'escaliers, 17 ascenseurs et 40 kilomètres de trottoirs, je compte embaucher trois nouveaux policiers municipaux et cinq assistantes sociales....

 

- Beuuuup (c'est le bruit du buzzer qu'un citoyen vient d'activer).

 

- Pas d'acc, qu'il dit le citoyen.

 

Alors là, y'a Julien Lepers (ça y est, j'ai retrouvé son nom) qui dit :

 

- Allez allez, pas grave, on reprend... J'ai j'ai rénové 568 cages d'escaliers, 17 ascenseurs et 40 kilomètres de trottoirs, je compte embaucher 27 shérifs à mi-temps et virer les 170 éducateurs de gauche qui font que fumer des pétards avec la racaille dans les cages d'escalier que j'ai rénovées avec mes sous à moi....

 

- Beuuuup, qu'il dit encore le buzzer.

 

Un autre citoyen qui dit alors :

 

- Pas d'acc.

 

- Et pourquoi ?, qu'y dit Julien.

 

- Paske, M'sieur, dans les 170, y'a mon frère, tu comprends, et vu que ma soeur est déjà partie en taule pour s'occuper de mes douze autres frères, y'a plus de tunes à la maison si le maire y fait ça.

 

Julien Lepers, là, il est grosso-modo déjà véner grave sur les bords.

 

- Bon, bon d'accord, qu'y dit quand même, allez on reprend... J'ai j'ai j'ai rénové 568 cages d'escaliers, 17 ascenseurs et 40 kilomètres de trottoirs, je compte embaucher 27 shérifs à mi-temps et virer 169 éducateurs. Je vais je vais aussi interdire l'accès du centre ville aux solex à diesel et remplacer ma Mégane de 1992 par la nouvelle Honda Civic. Si le jury m'autorise, je prendrai aussi la clim et les sièges en skaï. Mais je promets, en échange, de changer mes heures de permanence du samedi après-midi en les mettant, en les mettant, en les mettant le dimanche matin...

 

- Beuuuup.

 

- Quoi, encore !, qu'il gueule Lepers.

 

- Pas d'acc, M'sieur, paske moi le dimanche j'y dors, moi, que dit le troisième juré citoyen tiré du lit au sort.

 

Le Juju reprend alors en gueulant :

 

- J'ai j'ai j'ai rénové 568 cages d'escaliers de mes deux, réparé 17 ascenseurs à la con et astiqué 40 kilomètres de trottoirs de merde, je compte je compte je compte me la couler douce jusqu'aux prochaines élections, je suis je suis je suis...

 

- Beuuup... un malpoli ?

 

- Mais non

 

- Beuuup... un glandeur ?

 

- Non !

 

- Beuuup.... un démocrate ?  

 

- Ouiiii, bravo à la p'tite dame en tailleur... Et à lundi, où nous recevrons les jurés du canton d'Entre-deux-zoo qui se demandent bien si le gravillon posé par la DDE au rond-point de la béchamel n'est pas à l'origine de la chute en vélomoteur du facteur de La Poste... A lundi

 

HV                 

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 23:24
J'ultime, j'ulverne, j'ultrason, j'ultérieure et j'hulule, et Jul aussi.

Ce mec est ordinaire, vous me direz, quand je vous dirai qu'il est père de famille hors pair, et qu'au grand jamais il ne loupe une fête des mères ni ne crache sur le pastaga. Mais non, car Jul est un héros. Derrière sa petite gueule mal rasée, se cache un héros pur jul. Un lion, oui, que ce mecton qui co-blogue depuis bientôt deux ans avec moi. L'idée d'extraire de mon disque dur quelques petites chroniques du lundi, de les illustrer et de les envoyer sur le net, c'est lui. Mais là n'est pas l'essentiel.

 

 

 

Je devais avoir dix douze ans, quand je me suis retrouvé, tout à fait par hasard et mégarde, dans un rassemblement de tableaux. C'était pas exactement un musée de peintures. Plutôt un pince-fesses-et-pinceaux dans une galerie chic et carrée à ciel ouvert. Avec des peintures partout, figurez-vous. Accrochées ou gribouillées sur les murs. Ou posées par terre, pour se donner un genre. Et puis, au milieu de ce pré carré, il y avait plein de gens bien qui s'ébahissaient des coloriages de la dernière portée de Picasso. Ils chuchotaient pour la plupart, des trucs hyper intelligents. Du genre, face à une toile peinte en bleu avec un point vert au milieu, «Mon dieu, Denise, pointe un peu ça, ce peintre est un génie». Denise avait sorti son chéquier et en avait remis une couche : «Il y a du Gauguin à ses débuts tendance Monnet sur la fin, chez ce type là». Me mélant grossièrement à la conversation, j'avais cru bon de suggérer qu'on pouvait y voir aussi un support très artistique de la dernière campagne de l'union nationale des ophtalmologistes sur les dangers de la rétractation de la pupille en période estivale (Je voulais faire médecine à l'époque). On m'avait demandé de quitter les lieux.  Galeries Lafayette mises à part, j'ai depuis boudé ce genre de squatt hautain et malfamé. Jusqu'à ce que je croise Jul. Et ses peintures, pleines de tout. Ou de rien. Mais pleines de trucs bien, de reviens-y et de tiens-dis-donc. Un jour, il a fait un vernissage rien que pour moi, qu'a duré au moins huit  packs de bières. Au début, je disais des trucs intelligents, comme Denise. Je lui demandais si l'aquarelle à l'huile c'était pas trop dur à sécher, si les frites avaient pas un drôle de goût après ça, si ses blaireaux dépoilaient en été ou s'il était plutôt du syle figurant, impressionné ou carrément cubiste. Et puis après, j'ai été rond. Alors, avec un gros pinceau à lame coupante, il m'a taillé un sandouiche dans la miche, avec des cornichons à la margarine, et présenté un autre tableau. Vu du dessus, j'y voyais un longue bande blanche. Il m'a dit que c'était normal, que c'était le côté du tableau qu'il avait clouté mais pas peint. Vu de derrière, c'était le vide sidéral qu'exprime l'angoisse de la toile blanche. Il a ri et s'est ouvert une canette. Mais de face, ça voulait dire quelque chose d'absolutly very plus profond. Ca m'a réveillé. «Ouai, ça peut», qu'il m'a dit, et il m'a rouvert une canette. Le loupez pas, Jul, il est encore pas cher !

 HV

 Retrouvez les peintures de Jul sur son site perso à lui à l'huile. Et si vous zavez l'occaz, rencardez-le sur des lieux d'expos.

 

 

http://www.studiojul.info/peintures%20jul/index.html

 

 

 

Par vianney huguenot / julien cuny
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