C'est dur d'être original, quand tout le monde s'agite l'intellect en même temps. Après l'achat des playstation et des bougies, et avant la ruée sur les chapons au champagne, il faut aller jouer des coudes dans les bazars du prêt à penser et dégoter la petite phrase qu'ira bien dans le coin de la carte de voeux. Moi, je voulais être original, car comme disait je ne sais plus quel romancier, «j'aime bien me citer, cela ajoute du sel à ma conversation». En haut de ma carte, j'avais d'abord écris «aimez-vous les uns les autres et tâchez de ne pas en mettre partout», mais on m'a dit qu'un hippie, chef d'une grosse communauté, avait déclaré le truc à l'Inpi avant de se retirer des affaires. Diantre ! Je désespérais quand un ami m'apprit qu'un autre barbu avait préempté «prolétaires de tous pays, unissez-vous». J'ai envisagé un moment, histoire de n'être doublé par personne, un truc simple et dépouillé, «Noël en balconnet, Pâques au tisonnier». Mais par les temps qui courent, je redoutais le plagiat. «Le communisme, c'est le pouvoir des soviets plus l'électrification du pays», ah ça, c'était classe. Parfaitement inutile, mais classe. Je l'avais trouvé dans les pages roses du gros Larousse. Qui m'avait illico rappelé à l'ordre que tout ça était tiré des oeuvres de Marie-Georges Marchais. 2007 n'avait pas encore démarré qu'elle m'épuisait déjà. «Je vous ai compris», que je dédicaçais tout compte fait. Mais on vint me rappeler que la citation n'était pas de moi. Elle était de Jacques Chirac. Re-diantre ! Il l'avait déclarée en 1995, juste après sa victoire à l'élection présidentielle. Vous vous souvenez ? Il y avait un monde fou, Jacques était au troisième étage, debout sur le rebord de la fenêtre, accroché aux rideaux, s'agitant et saluant ses militants. Derrière, il y avait Bernadette qui lui aggripait le bas du falzard en lui criant «Jacques, Jacques, où c'est que vous avez donc mis les clés de la CX, faut que je rentre, moi, maintenant». Et Jacques ne répondait pas, il saluait, il saluait, tout content d'avoir dégoté un boulot chez Manpower. Et au bout de la dizième fois, il lui dit, à Bernadette, «oui, ça va, ça va, je vous ai compris, cherchez donc vous-même dans la poche de mon duffel-coat...». L'histoire, bien sûr, n'a retenu que le grandiloquent, «Je vous ai compris» entrant au panthéon des adresses joyeuses au bon peuple de Paris venu réclamer brioches et crémant frais. Cette phrase, il l'avait d'ailleurs pompée chez Pompidou, comme son nom l'indique. Avec une même adresse, Georges avait envoyé paître la toute récente première dame de France qui, un soir de 1969, cherchait désespérément son casque de Vespa. «Rendons à César ce qui est à César» avait marmonné La Pompidou en quittant les lieux. Car la Vespa, figurez-vous, avait été louée sur les comptes de campagne du RPF et devait être rendue le dimanche soir, sous peine d'amende, chez «César & Bensousan Fils. Locations-Ventes en tous genres». Personne ne vous l'a jamais dit, ça, c'est de la trop petite histoire. Pour un peu, la grande histoire retenait «Rendons à Bensousan ce qui est à Bensousan», mais La Pompidou s'était plaint de cet associé, préférant négocier les prix en direct avec César, le chef d'atelier. Bref, j'écartais le «Rendons à César...». «Que d'eau, que d'eau», que j'avais finalement inscrit sur ma carte de voeux. Mais la phrase, que je croyais de moi, était déjà attribuée. Elle était même l'objet d'une controverse entre historiens. Certains l'attribuaient à l'ironique Bernadette Chirac, juste après qu'elle ait retrouvé les clés de la CX dans la gabardine à Tibéri. D'autres la prêtaient à Mac Mahon se plaignant régulièrement de cette manie des laquais d'aller noyer le pastis. Fatigué, le forfait 2007 de mon pacemaker déjà bien entamé, je me résignais et décidais de ne rien écrire. C'est une corvée, ces voeux. Bonne année quand même. HV
Jusqu'à ce que je croise Jul. Et ses peintures, pleines de tout. Ou de rien. Mais pleines de trucs bien, de reviens-y et de tiens-dis-donc. Un jour, il a fait un vernissage rien que pour moi, qu'a duré au moins huit