Du 25 février au 2 mars 2008
Pauvres petits commerces
François Fion vit toujours. Il passe sa semaine à deux activités principales : se marrer et grimper dans les sondages. Mais il travaille aussi. Récemment, il a
retoqué l'idée d'une baisse de la TVA pour redonner du pouvoir d'achat aux consommateurs. Ca aurait été pourtant sympa ce petit coup de pouce à la grande distribution. Après l'euro, la hausse des
matières premières, la flambée des prix du carburant, la TVA – qui ne veut pas dire baisse des prix – aurait été idéale pour aider Auchan et compagnie, pauvres petits commerces de
proximité.
Pauvres petits commerces (2)
A défaut de pouvoir compter sur une droite pingre, la grande distribution devrait bientôt pouvoir compter sur une gauche généreuse. L'un de ses héros, Jacques
Attali, a en stock, dans sa quincaillerie de mesurettes, l'idée d'une libéralisation totale des prix. Vivement que la gauche revienne !
Monsieur Tout-le-monde-s'énerve
«Casse toi, sale con» que Sarko dit à un paysan qui venait de lui dire «pas touche, tu vas me salir». Petite scène amusante du salon de
l'agriculture qu'il faut mettre en parallèle, pour un peu moins rire, avec le débat Sarko-Ségo de la présidentielle. Souvenez-vous, Ségo sautillait sur sa petite chaise pour nous servir une
énième ineptie, et Sarko, impeccablement calme : «Il faut savoir garder ses nerfs, M'dame, quand on veut être président de la République».
Il fait beau chez Rebsamen
«Tous les espoirs sont permis» parade déjà le maire de Dijon. L'UMP attend encore une ou deux sorties comme celle-là pour
réveiller définitivement ses électeurs.
Il pleut chez Aubry
La commission de propagande de Lille a refusé les professions de foi de la Martine, because elles pourraient influencer l'électeur avec sa dominante de couleurs bleu-blanc-rouge. Son document
montre un ciel bleu, sur fond blanc et la signature de la Miss est en rouge. Quand le FN placarde ses logos bleu-blanc-rouge sur ses bulletins de vote, ça n'influence évidemment
personne...
La légion d'honneur pour de Villepin
L'instruction de l'affaire Clearstream est bouclée et c'est Dominique de Villepin qui en est la principale cible. Il devrait être renvoyé en correctionnelle
pour avoir tenté d'empêcher, par des manoeuvres frauduleuses, Nicolas Sarkozy d'accéder à la présidende de l'UMP et de la République. Il faut le condamner à la Légion d'honneur, le
Dominique.
Le silence est d'or
Les salariés de la métallurgie braillent pour avoir des rallonges de salaires. C'est pas très malin, car à lUIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), il faut être un taiseux
pour gagner sa vie. L'ex grand patron de l'Union, Denis Gauthier-Savagnac, a paraît-il empoché un million et demi d'euros pour ne pas aller baver chez le juge.
Merci Jean-Louis
Le ministre du développement du rab, Mister Boorlo, avait inventé la maison à 100.000 euros pour les pauvres. Un idée pour faire plaisir à Nicolas, qui
disait partout pendant la campagne qu'il revaît «d'une France de propriétaires». Nous avons rencontré un de ces pauvres proprios (notre photo de la semaine). Il a déjà
installé la salle de bains et payé la facture d'eau, de quoi se plaint-il ?
Une pensée pour lui
Aujourd'hui, 250ème jour de disparition du parti socialiste, toujours retenu en otage par la guerre de succession à Solférino.
A la semaine prochaine.
HV
Et la photo de la semaine :
Le grand jour pour les postulants au rôle de cantonnier approche. Et je ne
résiste pas à l'envie de vous livrer ma petite expérience en la matière. Toute petite. Un rapide tour de piste dans un des comtés les plus indécrottablement conservateurs de ces bonnes vieilles
Vosges. Moi le Nancéien natif de la prestigieuse maternité Adolf Pinard, expatrié dans la montagne vosgienne en 4cv dès l'âge de mes deux ou trois jours, je m'autolarguais au-dessus de la Plaine
des Vosges. A 34 ans. A Lamarche. Un chef-lieu de canton, haut-lieu de la désertification rurale, dont on ne sait jamais bien, sur les cartes Michelin, s'il est un germe résistant de la
Haute-Patate attenante ou le joli nom d'une énième aire de repos de l'A31 roulant par là. Trop long à vous expliquer pourquoi j'avais accepté ce pari fou. Mais puisqu'il y a prescription, d'une
part, et renoncement définitif à briguer ce mandat, d'autre part, je vous avouerai juste que le Pinot noir, et quelques amis m'épaulant cordialement un soir de février 2001 dans l'assèchement de
ses récipients, n'y sont pas pour rien. Ils se reconnaîtront. Sauf Robert, magnifique Auvergnat et à l'époque maire de Saint-Dié-des-Vosges, dont je ne suis pas sûr, là où il est hélas, qu'il soit
connecté au Doigt dans l'Oeil. Bref, personne ne voulait se faire Lamarche forcé et ma bonté légendaire avait fini par courir plus vite que ma peur du ridicule. Cette générosité m'avait trahi
tardivement : deux semaines à peine de campagne en vue. Aux rares militants socialistes oeuvrant pour ma candidature héroïque, j'avais assigné une feuille de route simple. «Nous avons quinze jours,
leur avais-je dit, inutile donc de se disperser». J'avais bien senti qu'ils attendaient une conclusion concrète de ce propos flou. «Pas un bistrot ne doit nous échapper !» que j'avais donc illustré
ma stratégie de conquête. Ils avaient applaudi. C'était suffisant pour sentir pousser en moi, du genre de ce que le bon docteur Pinard m'avait inculqué trente-quatre ans plus tôt pour la capitale
de la bergamotte, un début de sentiment d'appartenance à cet Ouest lointain. Cette Bretagne vosgienne, avec pour début d'océan de la céréale à perte de vue, m'adoptait enfin. Les Lamarchois
m'aimaient tellement qu'ils peignaient leur affection partout sur les murs. A défaut de colliers de fleurs, comme cela se fait chez les peuplades incultes, c'est à coup de parachutes badigeonnés
sur mes affiches que quelques membres de cette gent civilisée festoyait mon arrivée à bon port. Les parachutes étaient peint en rouge et j'en concluais que germait ici quelque idée de révolution et
que la paysannerie n'attendait plus que moi pour assauter la forteresse du cantonnier général sortant. Celui-ci m'avait fait savoir qu'il n'appréciait guère que je n'habite point dans le canton.
Non pour tenter de récupérer une vague taxe d'habitation, mais pour bien faire savoir à ses ouailles qu'il n'y avait ici de place que pour l'étranger taiseux, soigneux, poli, au bulletin de vote
sans histoire. Face à un argument de ce poids, je m'inclinais et saluais sa noble fidélité à la brousse et le fait que dans ce canton il y résidait en effet. Qu'en conséquence il y dormait aussi,
et qu'en l'occurrence il y dormait beaucoup. Mais au final je repartais avec quelques pour-cent en poche. Je concéde que les Lamarchois, me congédiant avant même l'entretien d'embauche, avaient
peut-être eu raison de ne pas accorder leur confiance à un énergumène écumant les tavernes avec une horde d'apparatchiks assoiffés. Je n'ai pour autant jamais admis, ni même compris, la critique
sur les lieux de naissance et de vie. Cet argument, qui fait la gloire des familles tuyaux de poêle, avait été servi à d'autres, bien avant moi et ailleurs, et continue à l'être un peu partout, en
ce moment même, au fin fond de campagnes cantonales et municipales. Même les gens des villes, qu'on dit davantage ouverts d'esprit, s'y collent. Si ce raisonnement incarne une forme de bêtise
presque bestiale, un genre de truc à la mords-moi-le jonc-si-t'es-bien-du-quartier parfaitement ridicule, il indique surtout un terrible aveu de faiblesse.
Overdose
Fidel Castro